Les tiques sont des arthropodes qui appartiennent à la sous-classe des acariens. Il existe 3 familles de tiques, dont les tiques dures qui vont nous intéresser. Leur développement se fait en trois stases après l’éclosion de l’œuf. Une stase correspond aux « formes qu’[un arthropode] acquiert successivement par ses mues, […] » (Grandjean, 1969). Ainsi la tique suit trois stases successives après l’éclosion de l’œuf : larve, nymphe puis adulte. Le passage d’une stase à l’autre est permis par le repas de sang. Ce sont donc des parasites hématophages. Afin de se nourrir, les tiques piquent l’hôte. Cette piqure est longue puisqu’elle peut durer plusieurs minutes ou heures, voire plusieurs jours. La durée importante de ce repas leur permet d’ingérer de grandes quantités de sang, ce qui peut multiplier leur poids corporel par 5 à 100 fois selon les espèces. Leur cycle de vie peut être d’un an et même aller jusqu’à vingt ans pour certaines espèces !
Piqûre de rappel sur les tiques
Les tiques peuvent être nidicoles, c’est-à-dire vivre dans les abris utilisés par leurs hôtes (terriers, nids…) pour pouvoir se nourrir, ou exophiles, c’est-à-dire vivre dans des milieux ouverts comme les forêts ou les prairies. La majorité des tiques dures sont exophiles. Pour se nourrir, les tiques exophiles se placent sur la partie émergente de la végétation et attendent le passage d’un hôte, alors que d’autres sont attirées par des substances odorantes comme le dioxyde de carbone (CO2) ou encore l’ammoniac (NH3) et vont chasser leur hôte.
Dans les régions tempérées avec un climat continental les tiques vont rentrer en diapause (activité très ralentie) en hiver alors qu’en climat océanique, elles restent actives toute l’année. Cependant, le changement climatique peut modifier ces comportements. Ainsi un automne et un hiver doux peuvent permettre une activité continue. Dans tous les cas, les périodes les plus à risque restent le printemps et l’automne, où les tiques sont les plus actives.
Lorsqu’elle se nourrit, la tique peut être infectée par une bactérie, un parasite ou un virus présent chez l’hôte. Si cet agent pathogène est capable de rester dans la tique à travers ses mues alors elle sera infectée à vie et pourra alors le transmettre à ses hôtes via ses sécrétions salivaires lors du repas suivant. Une tique n’est pas toujours porteuse d’un pathogène mais il faut toujours les retirer si on en trouve sur le cheval.
En effet, elles peuvent potentiellement être vecteur de plusieurs maladies équines comme :
La piroplasmose, due à 2 parasites :
Babesia caballi qui peut rester 1 à 4 ans dans l’organisme du cheval. On parle alors de babésiose équine. Ce parasite a la particularité de pouvoir se transmettre à la descendance de la tique.
Theileria equi, responsable de la thélériose équine, qui peut rester à vie dans l’organisme. Ce parasite ne se transmet pas à la descendance de la tique.
Il est possible que le cheval soit infecté avec les deux parasites simultanément.
La borréliose ou maladie de Lyme dont l’agent pathogène est une bactérie nommée Borrelia burgdorferi.
L’anaplasmose granulocytaire équine, due à la bactérie Anaplasma phagocytophilum.
Ces maladies sont transmises par plusieurs espèces de tiques dures comme Dermacentor reticulatus et Dermacentor marginatus, Rhipicephalus sanguineus, Hyalomma marginatum et Ixodes ricinus. Certaines comme Rhipicephalus sanguineus et Hyalomma marginatum semblent davantage présentes dans le sud de la France mais le changement climatique pourrait mener à une évolution de leur aire de répartition.
Quels sont les symptômes ?
Dans la majorité des cas les symptômes ne sont pas évocateurs et peu spécifiques.
Pour la piroplasmose, il existe plusieurs formes : la forme aigue, la forme subaiguë et la forme chronique. Elle peut aussi être asymptomatique. La forme aigue se caractérise par de la fièvre, de l’anorexie, une fatigue, une augmentation des fréquences cardiaques et respiratoires ainsi que des muqueuses pâles, jaunâtres ou congestionnées et des urines sombres. La forme subaiguë se caractérise par de la fièvre qui peut être intermittente, un amaigrissement et parfois des signes de coliques légères. La forme chronique se caractérise par une baisse d’appétit, une perte d’état, une anémie ainsi que de fièvre intermittente. Cela peut s’accompagner d’une baisse de performance.
La maladie de Lyme peut se traduire par de nombreux symptômes comme de la fièvre, une léthargie, une anorexie, un amaigrissement chronique, des raideurs, de la fourbure, des uvéites…
L’anaplasmose se traduit par de la fièvre, de l’abattement, de l’anorexie, de l’ataxie, des œdèmes des membres ainsi qu’une augmentation de la fréquence cardiaque et respiratoire.
Quels programmes de recherches sont en cours en France ?
Ces dernières années beaucoup de recherches ont été menées sur les tiques et les parasites responsables de la piroplasmose grâce au projet PiroGoTick. Ce projet de recherche participatif regroupe plusieurs programmes dont la majorité sont maintenant clos mais dont l’analyse est encore en cours.
Un premier article portant sur le programme PiroQuest (2020-2024) est sorti en 2024. Ce programme avait pour objectif d’analyser la prévalence des équidés porteurs sains de la piroplasmose en France et d’analyser les facteurs de risques d'exposition des équidés aux tiques. Cet article montre que plus d’un tiers (38,3 %) des chevaux analysés étaient porteurs sains de la piroplasmose. Une grande majorité de ces chevaux est infectée par Theileria equi et il est possible d’être infecté par les deux parasites en même temps (1,9 % des chevaux). Cela peut être expliqué par le fait que B. caballi puisse être éliminé par l’organisme. Cette étude met aussi en avant un gradient avec le nord-ouest de la France moins impacté que le sud-est, ce qui peut être lié au climat. Aussi, les chevaux peuvent être infectés très jeunes avec environ ¼ des poulains infectés à T. equi. Le programme PiroM2F (2026-2027) vise d’ailleurs à déterminer la prévalence de colostrums contaminés chez des juments porteuses de T. equi, la présence de parasites vivants et le taux de transmission au poulain. Le cadre de cette première étude n’a pas permis de montrer un lien avec l’âge ou le sexe sur la fréquence de l’infection à T. equi.
Comment se protéger des tiques ?
Il est important de penser à la protection du cheval, mais aussi à la sienne, les tiques pouvant également transmettre des maladies à l’homme.
Avant de sortir, il est recommandé de s’habiller avec des vêtements couvrants et d’utiliser un répulsif contenant une des molécules suivantes : DEET, IR3535, icaridine ou picaridine, huile d’Eucalyptus citriodora hydratée cyclisée et citriodiol. Les huiles essentielles ne semblant pas avoir d’efficacité, leur utilisation n’est pas recommandée. Penser également à avoir un tire-tiques.
Pendant la sortie, essayer autant que possible de rester sur des chemins et de ne pas passer à travers des herbes hautes. Il est conseillé de s’inspecter régulièrement et méticuleusement, ainsi que son cheval.
En cas de piqûre, il faut retirer la tique en tournant sans faire pression sur son abdomen. Il ne faut pas utiliser de substances comme le savon ou de l’alcool par exemple pour faciliter son retrait :
Cela provoque un stress chez la tique et peut l’amener à régurgiter sa salive, ce qui risque d’infecter l’hôte si la tique est elle-même infectée. Après le retrait, laver ou désinfecter la zone. Le point de piqûre doit être surveillé pendant au moins 1 mois.
Si les pièces buccales de la tique restent dans le corps, ce n’est pas grave, elles seront expulsées de la peau comme une écharde. Les agents infectieux se situent dans le corps de la tique et non dans ses pièces buccales.
Sources :
Pierre H. Boyer. Les maladies transmises par les tiques : pathogènes émergents et outils innovants appliqués à l’épidémiologie vectorielle et humaine. Microbiologie et Parasitologie. Université de Strasbourg, 2020. Français. ⟨NNT : 2020STRAJ030⟩. ⟨tel-03934806⟩
Marine Daumain. Impact du portage de Theileria equi sur le pronostic des chevaux atteints de coliques. Sciences du Vivant [q-bio]. 2025. ⟨dumas-05156364⟩
Citique : se protéger et réagir en cas de piqûre
Maggy Jouglin, Claire Bonsergent, Nathalie de la Cotte, Mickaël Mège, Céline Bizon, Anne Couroucé, Élodie-Anne Lallemand, Agnès Leblond, Louise C Lemonnier, Aurélia Leroux, Ilaria Marano, Alexandre Muzard, Émilie Quéré, Marion Toussaint, Albert Agoulon, Laurence Malandrin, Equine piroplasmosis in different geographical areas in France: Prevalence heterogeneity of asymptomatic carriers and low genetic diversity of Theileria equi and Babesia caballi, Ticks and Tick-borne Diseases, Volume 16, Issue 1, 2025, 102434, ISSN 1877-959X, https://doi.org/10.1016/j.ttbdis.2024.102434.
INRAE : PiroGoTick
RESPE : Pourquoi les tiques sont potentiellement dangereuses pour nos équidés ?
RESPE : Anaplasmose
Equipédia : La piroplasmose équine
Equipédia : La maladie de Lyme