Sécheresse : comment anticiper le manque de fourrage dans les structures équines ?

Sécheresse : comment anticiper le manque de fourrage dans les structures équines ?

Après un printemps favorable à la pousse de l’herbe dans de nombreuses régions, l’été 2026 est marqué par des épisodes de fortes chaleurs et une sécheresse importante. Cette situation fragilise les prairies et réduit les ressources fourragères disponibles sur une grande partie du territoire français.

Pour les structures équines, les conséquences sont déjà concrètes : baisse de la disponibilité en herbe, récoltes de foin moins importantes, difficultés à constituer les stocks nécessaires pour l’hiver et risque de tensions sur les prix et l’approvisionnement.

Face à cette situation, l’anticipation est essentielle. Faire dès maintenant le point sur ses stocks, ses besoins et ses ressources permet de limiter les achats dans l’urgence et de mieux préparer les mois à venir.

Une production d’herbe fortement affectée par la sécheresse

Les conditions climatiques de l’été 2026 ont fortement ralenti la croissance des prairies. D’après les données nationales d’Agreste, au 10 août 2026, la pousse cumulée des prairies permanentes était inférieure d’environ un tiers à la moyenne de référence.

Cette baisse de production concerne directement les structures qui dépendent des prairies pour le pâturage mais également celles qui produisent leur propre foin.

La sécheresse peut notamment entraîner :

  • une diminution de la ressource disponible au pâturage ;

  • une réduction des volumes de foin récoltés ;

  • des difficultés à réaliser certaines coupes ou repousses ;

  • une qualité de fourrage plus variable ;

  • une augmentation de la présence de certaines plantes indésirables dans les prairies ;

  • des difficultés d’approvisionnement en foin dans certains territoires ;

  • une hausse potentielle des prix ;

  • et, pour certaines structures, la nécessité d’utiliser plus tôt que prévu les stocks destinés à l’hiver.

Le risque ne concerne donc pas uniquement la quantité de fourrage disponible. La capacité à trouver un fourrage de qualité, au bon moment et à un prix compatible avec les capacités de la structure est également un enjeu.

Quel impact pour l’hiver 2026-2027 ?

L’évolution des prochaines semaines dépendra notamment du retour des précipitations et de la capacité des prairies à reprendre leur croissance.

Une reprise de la pousse à l’automne pourrait permettre de reconstituer une partie des ressources disponibles, mais elle ne permettra pas nécessairement de compenser l’intégralité du déficit accumulé pendant l’été.

Deux points de vigilance sont particulièrement importants.

Le risque de pénurie

Une production fourragère réduite signifie moins de volumes disponibles sur le marché. Si la demande reste importante, les structures qui doivent acheter leur foin peuvent être confrontées à des difficultés d’approvisionnement ou à une augmentation des prix.

Le risque sur la qualité

Lorsque les achats sont réalisés dans l’urgence, le choix du fournisseur, de l'origine du fourrage ou de ses caractéristiques peut être plus limité.

Or, tous les foins ne présentent pas la même valeur alimentaire. Leur composition dépend notamment des espèces présentes, du stade de récolte et des conditions de récolte et de conservation. En cas de changement de fourrage, une analyse peut donc être utile pour mieux connaître ses caractéristiques et adapter la ration des chevaux.

5 réflexes pour anticiper le manque de fourrage

1. Faire dès maintenant son bilan fourrager

La première étape consiste à connaître précisément ses ressources et ses besoins.

Pour cela, il est utile de déterminer :

  • le nombre d’équidés à nourrir ;

  • la quantité de fourrage distribuée quotidiennement ;

  • le stock réellement disponible ;

  • le poids moyen des bottes ou des balles ;

  • le nombre de mois d’autonomie dont dispose la structure ;

  • les surfaces encore disponibles pour le pâturage ou la fauche ;

  • les éventuelles repousses attendues à l’automne.

L'objectif est de raisonner en quantité de fourrage et en mois d'autonomie, plutôt qu'en nombre de bottes uniquement.

Ce bilan permet d'identifier rapidement un éventuel déficit et de déterminer les volumes à rechercher avant que les besoins deviennent urgents.

2. Anticiper ses achats

Si le stock disponible ne permet pas de couvrir les besoins de l’hiver, mieux vaut commencer dès maintenant à rechercher des solutions.

Il peut être pertinent de :

  • identifier plusieurs fournisseurs potentiels ;

  • sécuriser une partie des volumes nécessaires ;

  • élargir sa recherche à d’autres territoires si nécessaire ;

  • comparer les caractéristiques et la qualité des fourrages proposés ;

  • se rapprocher d’autres structures pour mutualiser certains achats ou transports.

Anticiper permet également de conserver une capacité de choix, plutôt que de devoir accepter le premier fourrage disponible lorsque les stocks sont épuisés.

3. Observer et préserver ses prairies

Le retour des pluies devra être l'occasion d'observer la capacité des prairies à récupérer après le stress hydrique et thermique subi pendant l'été.

Une prairie fragilisée peut présenter des zones dégradées ou dégarnies, favorables au développement de plantes indésirables.

À l’automne, un état des lieux des parcelles peut permettre d’identifier les surfaces qui ont suffisamment récupéré et celles qui nécessitent une intervention : adaptation du pâturage, sursemis ou rénovation, selon l’état du couvert, du sol et les besoins de la structure.

L'IFCE recommande notamment de réaliser un diagnostic de la prairie avant d'envisager une rénovation, afin d'adapter les interventions à son état réel.

4. Valoriser au mieux les ressources disponibles

Lorsque la ressource en herbe diminue, plusieurs leviers peuvent être mobilisés pour limiter la pression sur les prairies et préserver les stocks.

Selon les situations, il est notamment possible de :

  • adapter la conduite du pâturage ;

  • privilégier le pâturage tournant ;

  • valoriser les repousses d'automne lorsque les conditions le permettent ;

  • préserver certaines parcelles pour les périodes où les besoins seront les plus importants ;

  • mobiliser d'autres ressources fourragères adaptées aux chevaux.

Une gestion raisonnée du pâturage permet notamment de limiter le gaspillage et de mieux répartir la ressource disponible.

Attention toutefois : prolonger le pâturage à l’automne ne doit pas conduire à dégrader les sols. Il est notamment important d’éviter le piétinement excessif lorsque les sols deviennent trop humides et de préserver des périodes de repos suffisantes pour permettre aux prairies de se régénérer.

5. Adapter l'alimentation sans négliger les besoins du cheval

Face au manque de foin, la tentation peut être de compenser la diminution du fourrage par davantage de céréales ou d'aliments concentrés.

Ce n'est pas une solution à privilégier.

Le cheval est un herbivore dont l'alimentation doit rester majoritairement basée sur les fourrages et apporter une quantité suffisante de fibres.

En cas de changement de fourrage ou de diminution des quantités disponibles, la ration doit être adaptée en fonction des besoins de chaque cheval : âge, poids, état corporel, activité, statut physiologique ou encore éventuelles sensibilités particulières.

Si un nouveau fourrage est utilisé, son analyse peut également aider à mieux connaître sa valeur alimentaire et à ajuster la complémentation.

En cas de modification importante de la ration, l'accompagnement d'un professionnel de l'alimentation équine ou d'un vétérinaire peut être nécessaire.

Et après la sécheresse ?

La gestion de l'urgence ne doit pas faire oublier l'enjeu de long terme.

Les épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs sont susceptibles de fragiliser durablement les systèmes fourragers. Ils invitent les structures équines à réfléchir à leur résilience face aux évolutions climatiques.

Plusieurs pistes peuvent être travaillées :

  • améliorer son autonomie fourragère ;

  • diversifier les ressources alimentaires ;

  • mieux connaître et gérer ses prairies ;

  • adapter les pratiques de pâturage ;

  • préserver les sols et leur capacité à retenir l'eau ;

  • sécuriser ses approvisionnements ;

  • anticiper davantage les besoins en fourrage ;

  • conserver une marge de sécurité dans ses stocks.

L'objectif n'est pas seulement de gérer la prochaine période de sécheresse, mais de construire progressivement un système plus autonome, plus durable et plus résilient.

La sécheresse, un enjeu pour la durabilité des structures équines

La situation de 2026 rappelle que le changement climatique n'est plus un enjeu lointain pour la filière équine. Ses conséquences se font sentir directement dans les prairies, dans les stocks de fourrage et dans les charges des structures.

Anticiper le manque de fourrage, préserver les prairies et adapter ses pratiques sont donc à la fois des enjeux économiques, environnementaux et de bien-être animal.

C'est dans cette logique que s'inscrit le label EquuRES : accompagner les structures équines dans l'amélioration continue de leurs pratiques environnementales et de bien-être animal, et les aider à construire des fonctionnements plus durables et résilients.

Face aux évolutions climatiques, chaque action compte : préserver les ressources aujourd'hui, c'est aussi sécuriser l'avenir de sa structure et le bien-être de ses chevaux.